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Orthomolecular Academy

Articles · 4 novembre 2026

Cancers · l’apport orthomoléculaire, de Pauling à la vitamine C intraveineuse

De Cameron et Pauling à la clinique Riordan, en passant par la médecine cellulaire du Dr Rath : ce que la recherche révèle sur la vitamine C intraveineuse, la vitamine D et l'accompagnement orthomoléculaire des cancers.

Par David Giovenco

Le cancer naît d’un dérèglement cellulaire : une cellule accumule des altérations de son ADN, échappe aux signaux qui régulent sa division, puis prolifère. Autour d’elle, le terrain compte autant que la cellule elle-même : inflammation chronique, stress oxydatif, carences nutritionnelles et affaiblissement des défenses de l’hôte favorisent la progression tumorale. La médecine orthomoléculaire agit précisément sur ce terrain, en rétablissant les concentrations optimales des molécules que l’organisme utilise pour se défendre.

Cameron et Pauling : l’acte fondateur

Au début des années 1970, le chirurgien écossais Ewan Cameron et le double prix Nobel Linus Pauling constatent que les personnes atteintes de cancer présentent une déplétion marquée en vitamine C, signe d’un besoin accru. En 1976, ils publient dans les Proceedings of the National Academy of Sciences les résultats obtenus chez 100 patients en phase terminale, qui reçoivent environ 10 g d’ascorbate par jour, d’abord par voie intraveineuse puis par voie orale. Comparée à celle de 1 000 patients témoins de profil similaire, leur survie moyenne se révèle plus de 4,2 fois supérieure (plus de 210 jours contre 50 jours).

La pharmacocinétique, clé de lecture

Les essais conduits ensuite à la Mayo Clinic, avec de la vitamine C administrée uniquement par voie orale, n’ont pas reproduit ces résultats. Les travaux de l’équipe de Mark Levine aux National Institutes of Health, auxquels a contribué Hugh Riordan, fondateur de la clinique Riordan, en ont livré l’explication en 2004 : par voie orale, la concentration plasmatique de vitamine C reste étroitement plafonnée par l’organisme ; seule la voie intraveineuse atteint les concentrations élevées susceptibles d’une activité antitumorale. La différence de voie d’administration éclaire ainsi la divergence des résultats.

En 2005, la même équipe a montré qu’à concentration pharmacologique, l’ascorbate détruit sélectivement les cellules cancéreuses : cinq lignées tumorales sur dix succombaient à moins de 4 mM, concentration aisément atteinte par perfusion, tandis que les cellules saines restaient intactes à 20 mM. Le mécanisme repose sur la production locale de peroxyde d’hydrogène, l’ascorbate agissant comme une « prodrogue ». Un essai de phase I a ensuite confirmé l’excellente tolérance de perfusions allant jusqu’à 1,5 g par kilogramme de poids corporel, trois fois par semaine.

Vitamine C intraveineuse et traitements : une synergie

En 2014, une étude publiée dans Science Translational Medicine a montré que l’ascorbate parentéral, associé au carboplatine et au paclitaxel, inhibait de façon synergique le cancer de l’ovaire chez l’animal, et réduisait la toxicité de la chimiothérapie chez les patientes. À la clinique Riordan, chez 45 patients atteints de divers cancers, les perfusions de vitamine C à haute dose (7,5 à 50 g) ont fait baisser la protéine C réactive chez 75 % d’entre eux, ainsi que plusieurs cytokines inflammatoires (IL 1α, IL 2, IL 8, TNF α). L’inflammation constituant un facteur de mauvais pronostic, cette action sur le terrain prend tout son sens.

La médecine cellulaire du Dr Rath

Successeur de Pauling sur le plan cardiovasculaire, le Dr Matthias Rath a développé la médecine cellulaire autour d’une idée forte : les cellules tumorales envahissent les tissus en digérant le collagène grâce à des enzymes, les métalloprotéinases. Une matrice extracellulaire renforcée freinerait cette invasion. Les travaux de son institut de recherche ont testé une association de vitamine C, de lysine, de proline et d’extrait de thé vert : sur des cellules en culture, elle inhibait la sécrétion de métalloprotéinases et réduisait l’invasion cellulaire jusqu’à 93 % à la concentration la plus élevée. Ces résultats, obtenus in vitro, ouvrent une voie que la recherche clinique devra prolonger.

Vitamine D : un effet sur la mortalité par cancer

Une méta-analyse de 2022, financée notamment par les National Institutes of Health américains, a rassemblé les essais randomisés de supplémentation en vitamine D. Parmi les essais utilisant une prise quotidienne, la mortalité par cancer diminuait de 13 % (risque relatif 0,87 ; IC à 95 % : 0,78 à 0,96). Chez les personnes de poids normal, l’incidence des cancers baissait de 24 % (risque relatif 0,76). La régularité de l’apport apparaît ainsi déterminante.

Vitamines B9 et B12 : une vigilance ciblée

Les vitamines B9 et B12 sont indispensables à la synthèse de l’ADN, à la méthylation, au système nerveux et à la formation des globules rouges. Leur rôle dans la division cellulaire justifie toutefois une attention particulière en présence d’un cancer : un essai norvégien associant acide folique et vitamine B12 à doses élevées a relevé davantage de diagnostics de cancer. En cas de cancer, on évite aujourd’hui la B9 et la B12 dans certains cas et à certaines doses ; leur emploi s’individualise.

Le protocole hybride orthomoléculaire

L’Académie enseigne un protocole hybride, qui intègre l’alimentation, la micronutrition et les perfusions orthomoléculaires au parcours de soin de la personne, en coordination avec l’équipe médicale. La Masterclass 10, consacrée aux cancers et aux pathologies lourdes, en détaille les fondements cellulaires, les molécules et la mise en œuvre.

Sources

Cameron E, Pauling L. Supplemental ascorbate in the supportive treatment of cancer: prolongation of survival times in terminal human cancer. Proc Natl Acad Sci USA. 1976;73:3685-3689. PubMed

Padayatty SJ, Sun H, Wang Y, Riordan HD, et al. Vitamin C pharmacokinetics: implications for oral and intravenous use. Ann Intern Med. 2004;140:533-537. Financement public (NIH). PubMed

Chen Q, Espey MG, Krishna MC, et al. Pharmacologic ascorbic acid concentrations selectively kill cancer cells. Proc Natl Acad Sci USA. 2005;102:13604-13609. Financement public (NIH). PubMed

Hoffer LJ, Levine M, Assouline S, et al. Phase I clinical trial of i.v. ascorbic acid in advanced malignancy. Ann Oncol. 2008;19:1969-1974. PubMed

Ma Y, Chapman J, Levine M, Polireddy K, Drisko J, Chen Q. High dose parenteral ascorbate enhanced chemosensitivity of ovarian cancer and reduced toxicity of chemotherapy. Sci Transl Med. 2014;6:222ra18. Financement public (NIH). PubMed

Mikirova N, Casciari J, Rogers A, Taylor P. Effect of high dose intravenous vitamin C on inflammation in cancer patients. J Transl Med. 2012;10:189. Clinique Riordan. PubMed

Roomi MW, Bhanap B, Roomi NW, Niedzwiecki A, Rath M. In vitro inhibition of matrix metalloproteinases, invasion and growth of Fanconi anemia lymphoblasts by nutrient mixture. Exp Oncol. 2014;36:212-214. Institut de recherche du Dr Rath. PubMed

Keum N, Chen QY, Lee DH, Manson JE, Giovannucci E. Vitamin D supplementation and total cancer incidence and mortality by daily vs. infrequent large bolus dosing strategies: a meta-analysis. Br J Cancer. 2022;127:872-878. PubMed

Ebbing M, Bønaa KH, Nygård O, et al. Cancer incidence and mortality after treatment with folic acid and vitamin B12. JAMA. 2009;302:2119-2126. PubMed

Texte informatif à visée éducative. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.